lundi 15 mai 2017

Entre effondrement du prix du cacao et mutineries militaires, le « miracle » ivoirien ressemble de plus en plus à un mirage

En Côte d’Ivoire, à l’effondrement du prix de la noix de cacao, vient de s’ajouter une nouvelle mutinerie militaire, la seconde depuis le début de l’année. Le plus grave pour le régime est que ce mouvement émane de ceux qui portèrent le président Ouattara au pouvoir. 

Retour en arrière : début janvier 2017, une première mutinerie affecta le noyau dur des fidèles du président, ceux qui avaient combattu pour le hisser au pouvoir et qui, en récompense, avaient été intégrés à l’armée nationale. Ne se satisfaisant pas de ces « embauches », les mutins exigeaient non seulement le versement de primes, mais encore l’équivalent de 7500 euros… plus une maison. Des prétentions insensées dans un pays où la moitié de la population survit avec un euro par jour. Et pourtant, paniqué et impuissant, le gouvernement céda immédiatement à ces demandes exorbitantes. Or, loin d’apaiser la situation, cette capitulation provoqua une réaction en chaîne de la part de tous les « corps habillés », à savoir les policiers, les gendarmes, les douaniers et les pompiers.

Respectant sa promesse, le gouvernement versa 5 millions de francs CFA, soit 7620 euros à chacun des 8400 hommes concernés, le reste devant l’être en plusieurs termes. Or, les responsables de la mutinerie du mois de janvier négocièrent avec le gouvernement dans le dos de leurs mandants et, à l’issue d’un marchandage complexe, ils renoncèrent officiellement au versement du reste des sommes promises, à savoir environ 7 millions de francs CFA par mutin. La « base » n’ayant pas accepté ce geste « patriotique », elle a accusé ses leaders d’avoir été achetés…Voilà pourquoi, le 12 mai, une nouvelle mutinerie a éclaté à Bouaké, puis à Abidjan. Une mutinerie d’hommes de base livrés à leur bon vouloir et n’ayant plus de cadres pour les contrôler…

Pour encore compliquer l’affaire, ceux des « anciens combattants » ayant porté Alasssane Ouattara au pouvoir et qui n’ont pas été intégrés dans l’armée, réclament eux aussi ce qu’ils estiment être leur dû. Or, en raison de l’effondrement du prix de la noix de cacao, les caisses de l’Etat sont vides.

Le président Ouattara se trouve donc face à un choix douloureux :

1) Soit céder une nouvelle fois en confirmant ainsi que son pouvoir est d’une extrême faiblesse, avec pour conséquence que sa survie politique pourrait ne pas durer jusqu’à la fin de son mandat prévu en 2020.

2) Soit faire preuve d’autorité et tenter de mettre au pas des mutins avec pour résultat d’entrer en confrontation directe avec le cœur de ses partisans. Pour le plus grand profit de ses opposants…

Dans le numéro du mois de juin 2013 de l’Afrique Réelle, j’écrivais : 
« Hissé au pouvoir par le président Sarkozy, Alassane Ouattara n’a toujours pas réussi à se dégager de l’image de fondé de pouvoir du nouvel ordre économique mondial qui lui colle à la peau. Arrivé à la présidence dans les fourgons des forces spéciales de l’ancien colonisateur, son prestige est limité ; c’est pourquoi il n’a pas réussi à prendre ses marques, prisonnier qu’il est d’une histoire politique dont il ne parvient pas à s’extraire ».

A moins d’une rapide et spectaculaire reprise en main, l’avenir de la Côte d’Ivoire s’annonce donc difficile. Or, avec le Nigeria et l’Afrique du Sud, la Côte d’Ivoire est l’une des trois « locomotives » de l’Afrique sud-saharienne… Mais le Nigeria est en récession et en proie à de très graves problèmes régionaux dont, mais pas exclusivement, celui de Boko Haram ; l’Afrique du Sud  a une croissance de 0,1% et traverse une très grave crise politique, économique et morale. Quant à la Côte d’Ivoire…Au-delà de leur portée régionale, les évènements  de Bouaké et d’Abidjan illustrent la faillite d’un continent auquel « experts » et « spécialistes » mentent depuis l’époque des indépendances. Un « pieux » mensonge fondé sur l’approche économique, l’illusion universaliste et la juteuse escroquerie qui a pour nom développement [1].

Bernard Lugan
15/05/2017

[1] Voir à ce sujet mon livre « Osons dire la vérité à l’Afrique ». Pour le commander, cliquer ici.

mardi 2 mai 2017

L'Afrique Réelle N°89 - Mai 2017

Sommaire
  
Actualité :
- Libye : la guerre entre le général Haftar et Misrata a éclaté
- Corne de l’Afrique : les conséquences de la guerre du Yemen

Dossier : Kasaï, la résurgence des réalités ethniques
- Les Lulua, les Luba-Kasaï et les autres
- Aux sources des actuels évènements
- L’ethno-fédéralisme congolais
- Le démembrement du Katanga et du Kasaï

Géopolitique :
Journée de la géopolitique de l'Afrique à l'île Maurice

Histoire :
« Les vampires » à la fin de la guerre d’Algérie


Editorial de Bernard Lugan

Dans les pays de l'hémisphère nord, la vie politique repose sur des convictions communes et sur des programmes politiques transcendant les différences culturelles, sociales ou régionales. L'addition des suffrages individuels y fonde la légitimité politique. 
Dans les Afriques où les sociétés sont communautaires, hiérarchisées et solidaires, l'ordre social et politique ne repose pas sur les individus, mais sur les groupes. Voilà pourquoi le principe démocratique du « one man, one vote » y conduit à l’impasse et au chaos. 

La question de la redéfinition de l'Etat, donc de la place des ethnies dans la société, constitue le principal problème politique et institutionnel que l'Afrique doit résoudre. Mais, pour cela, il ne faut pas commencer par nier la réalité ethnique. Or, tout à son universalisme, l’africanisme français et plus largement francophone, a décidé de bannir le fait ethnique car jugé trop « identitaire ». Ses grands prêtres, à l’image de Jean-Pierre Chrétien, de Jean-Loup Amselle, de Catherine Coquery-Vidrovitch, d’Elikia M'Bokolo et de leurs disciples, vont même jusqu’à soutenir, certes avec des nuances, que les ethnies ont une origine coloniale. Une telle arrogance doctrinale sous-entend donc que les peuples africains ont reçu des colonisateurs jusqu’à leur nom et leur identité. Jean-Pierre Chrétien est tout à fait clair à ce sujet quand il ose écrire que : « L’ethnicité se réfère moins à des traditions locales qu’à des fantasmes plaqués par l’ethnographie occidentale sur le monde dit coutumier ». Or, comme l’a remarqué avec justesse Axel Eric Augé, un sociologue français d’origine gabonaise : « En somme, les Africains étaient une masse indifférenciée et attendaient les Européens pour ressentir des phénomènes identitaires ! ».
Certes, l'ethnie n'explique pas tout…, mais rien ne peut être expliqué sans elle. L’histoire contemporaine de l’Afrique s’écrit ainsi autour des ethnies, comme l’actualité le montre quotidiennement, et de manière souvent dramatique. 
La question des frontières étant figée car il n’est pas raisonnable de penser vouloir donner un territoire à chacune des 1500 ethnies africaines, comment faire pour pondérer l’ethno-mathématique électorale dans les pays où les populations sont juxtaposées ou enchevêtrées ? 
Au Nigeria, les Britanniques avaient trouvé la solution consistant à définir des grandes zones administratives autour des trois grandes ethnies régionalement dominantes, à savoir les Haoussa-Peul-Kanouri au nord, les Yoruba et les Ibo au sud. Le « one man one vote » a ruiné cette politique de coagulation régionale et a au contraire provoqué l’émiettement administratif autour de 36 Etats, ce qui rend le pays ingérable. 
Au Mali, l’alternative à l’éclatement du pays se trouve dans un large fédéralisme ethno-régional avec la région de Kidal dirigée par les Touareg, celle de Tombouctou par les Arabes et alliés, celle de Bamako par les Bambara et alliés, celle de Mopti par les Peul, etc. Toute autre solution est vouée à l'échec car les élections au « one man one vote » donneront toujours le pouvoir aux plus nombreux. Ceci fait que le problème du Nord ne sera jamais réglé. En définitive, le vote serait individuel au seul niveau régional, entre populations apparentées qui éliraient un nombre égal de députés, nonobstant leur poids démographique. Au niveau national, le pouvoir serait l’émanation de cette représentation. Mais ne rêvons pas. Les plus nombreux n’accepteront jamais cette évolution constitutionnelle marquant la fin de leur domination ethno-mathématique. La solution des problèmes politiques africains n’est donc pas pour demain… 

jeudi 20 avril 2017

Le « développement » n’arrêtera pas la migration africaine vers l’Europe

On ne ment ni à la géographie, ni à la démographie. La première montre que l’Afrique est l’arrière-cour de l’Europe ; la seconde enseigne qu’un trop plein démographique se déverse automatiquement dans un vide démographique. 
Face à cette double réalité, confrontés à une migration de masse qu’ils refusent de nommer, les dirigeants européens s’accrochent au mythe du « développement » postulé être un ralentisseur migratoire.
Or, comme je l’ai expliqué dans mon livre « Osons dire la vérité à l’Afrique », le développement est une illusion. Pour trois raisons principales :

1) A supposer qu’il ait une efficacité, le « développement » ne pourrait avoir que des effets à très long terme ; or, il y a urgence.

2) Tout a déjà été tenté en ce domaine. En vain, car, dans les Afriques, la démographie est plus forte que la croissance. Un exemple : depuis 1960, la production agricole y a augmenté de 45%, mais la démographie de 110%...

3) Comme la croissance économique africaine (entre 1,4% et 1,6% en 2016), est inférieure à la croissance démographique (4%), comment, dans ces conditions prétendre « développer » un continent qui, d’ici à 2030, verra sa population passer de 1,2 milliard à 1,7 milliard, avec plus de 50 millions de naissances par an ?

Ce n’est donc pas de « développement » dont l’Afrique a besoin, mais d’une natalité raisonnable. A défaut, des dizaines de millions d’Africains continueront à rêver de venir s’installer en Europe où, par hédonisme, les femmes n’enfantent plus, où les hommes ont honte de leur virilité, où les vieillards sont désormais majoritaires et où les animaux de compagnie ont remplacé les enfants.

Explication.

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dimanche 2 avril 2017

L'Afrique Réelle N°88 - Avril 2017

Sommaire

Actualité :
- Le lac Tchad : Nouveau sanctuaire de Boko Haram
- Libye : Le retour de Seif al-Islam Kadhafi

Controverse Macron :
La colonisation française, une idée de gauche qui fut réalisée par la droite

Algérie : L’histoire à l’endroit
Deuxième partie : L'insurrection de Sétif


Editorial de Bernard Lugan : 

Supprimer le franc CFA : une urgence politique pour la France et une urgence psychologique pour l'Afrique

Après les prochaines élections présidentielles, la France devra se débarrasser du boulet politique que constitue le franc CFA. 

Le franc CFA (Franc des colonies françaises d’Afrique) a été créé le 26 décembre 1945. En 1958, il est devenu Franc de la communauté française d’Afrique. Aujourd’hui, il a deux noms car, dans la réalité, deux CFA existent :

- Pour les pays de l’UEMOA (Union Economique et Monétaire Ouest Africaine) il est le Franc de la Communauté Financière d’Afrique. 

- Pour les pays de la CEMAC (Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale), il est le Franc de la Coopération Financière en Afrique centrale.

Dans la réalité, peu importe que le CFA garantisse la stabilité des monnaies des pays membres, qu’il oblige les Etats à gérer leur monnaie et que, comme les émissions dépendent de la Banque de France, il y ait impossibilité pour les pays concernés de faire marcher la « planche à billets ». 
Peu importe également que la France garantisse les transactions. Peu importe enfin que les monnaies nationales de pays à faible revenu ne vaudront plus rien si elles ne sont pas adossées à une monnaie forte ; d’autant plus que, dans tous les cas, les échanges se feront en dollars ou en euros. 
Peu importe tout cela car, et une fois pour toutes, en Afrique, le CFA est vu comme une survivance coloniale. Dans ces conditions, la France n’a aucun intérêt à son maintien.

D’autant plus qu’économiquement, la zone CFA ne compte pas pour elle. Ainsi :

- En 2015, alors que la totalité de ses exportations mondiales était de 455,1 milliards d’euros, la France a vendu à la seule Afrique sud saharienne pour 12,2 milliards d’euros de biens et marchandises, soit 2,68% de toutes ses exportations. Sur ces 12,2 milliards d’euros, la zone CFA en a totalisé 46%, soit environ 6 milliards d’euros, soit à peine 1,32% de toutes les exportations françaises. Pour ce qui est des importations, les chiffres sont voisins.

- La zone CFA n’est plus cette « chasse commerciale gardée » permettant aux productions françaises de bénéficier d’une sorte de marché réservé comme certains l’affirment. En 2015, la part de la France dans le marché de cette zone ne fut en effet que de 11,4%, loin derrière la Chine.

L’intérêt politique de la France est donc de supprimer le CFA afin d’en finir une fois pour toutes avec les sempiternelles accusations de néocolonialisme.

mercredi 22 mars 2017

Quand les Berbères cesseront-ils d’être colonisés ?

Pour le courant arabo-musulman nord-africain, l’islamisation a marqué la fin de l’histoire des Berbères, leur conversion à l’Islam les ayant inscrits de façon irréversible dans l’aire culturelle de l’arabité. Dans les années 1950, en pleine crise berbériste, la revue Al Maghrib écrivit même que les Berbères ne pouvaient accéder au Paradis que s’ils se rattachaient à des lignées arabes. Leur salut passait donc par leur intégration au peuple ayant donné naissance à l’ultime messager de Dieu. En un mot, le salut par le suicide ethno-national…
Par le passé, des clans et des tribus berbères ont ainsi trahi leurs ancêtres et renié leurs propres généalogies pour entrer dans celles des qabila arabes. Voilà pourquoi leurs descendants sont aujourd’hui persuadés être d’origine arabe alors qu’ils sont des Berbères « raciaux » dont les aïeux furent linguistiquement arabisés, religieusement islamisés et ethniquement acculturés.

Pour les Berbères ayant conservé leur identité, la fin de la période française ne fut que la première étape de la libération, ce qui fit dire à Mohammed Chafik : « Et si l’on décolonisait l’Afrique du Nord pour de bon ? » (Le Monde amazigh, n° 53, novembre 2004). Paniqués à l’idée d’un réveil de la belle endormie berbère qui pourrait entraîner à la fois le rejet de l’arabité et celui de l’islam, les dirigeants algériens échouèrent à tenter de fondre le peuple indigène dans un artificiel nationalitarisme arabo-musulman. Ayant pris le relais, les salafistes, les wahhabites et les diverses obédiences islamistes cherchent actuellement à dissoudre l’identité berbère dans l’universalisme musulman et la Umma. Une course contre la montre est donc engagée entre l’identité enracinée et le broyeur universaliste.
Portés par le réveil identitaire planétaire, les Berbères vont-ils prendre véritablement conscience de leur situation de colonisés ? S’ils parvenaient au terme de leur réappropriation historique, culturelle et politique, la géopolitique de la Méditerranée serait alors bouleversée. Redevenu la Berbérie, le Maghreb cesserait en effet de regarder vers l’Orient pour revenir dans sa matrice occidentale. Comme avant la conquête arabo-musulmane du VIIIe siècle.

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mercredi 15 mars 2017

Utilisation fallacieuse de mon nom

Mon nom étant actuellement utilisé sans mon accord par plusieurs sites ou radios, je porte à la connaissance du public que :
- Je ne dispose d’aucun compte Facebook, ce qui signifie donc que tous les comptes ouverts à mon nom sont des faux.
- Contrairement à ce qui est indiqué sur son site, je ne suis pas, et je n’ai jamais été « collaborateur » à la revue Jeune Nation.
- Comme cela s’est une nouvelle fois produit le lundi 13 mars 2017, Radio Courtoisie utilise  mes anciens enregistrements, laissant ainsi entendre que je participerais toujours à ses activités. M’étant mis en congé d’une station à laquelle j’ai consacré plusieurs années d’activité bénévole, et m’étant depuis scrupuleusement  tenu à l’écart des conflits l’agitant, je ne puis accepter que mon nom serve ainsi de faire-valoir.

J’ai donc demandé à mon avocat de veiller à la défense de mon indépendance, de ma réputation et de mes intérêts.