vendredi 26 juillet 2013

« Printemps arabes » : tout ne fait que commencer…

L’échec des « printemps arabes » est à la hauteur des emballements émotionnels qu’ils suscitèrent, tant chez les lemmings de la presse, que parmi ces lapins de coursive qui constituent la grande majorité de la classe politique française.
Moins de trois ans après le début d’un phénomène pour lequel tous eurent les « yeux de Chimène », le bilan est en effet bien amer, les fleurs de ces prétendus « printemps » ayant précocement fané. Que l’on en juge :

- En Tunisie, pays que le président Ben Ali avait presque sorti du « sous-développement » et où Mohammed Brahmi vient d’être assassiné, la faillite économique est totale cependant que le climat politique est devenu explosif.
Alors que la révolution s’était faite pour plus de liberté, les Frères musulmans, arrivés au pouvoir à  la faveur du renversement du régime qui les combattait,  veulent faire adopter une Constitution ayant la charia pour norme. Or, ils sont considérés comme des « traîtres » par les fondamentalistes (environ 10% du corps électoral), qui posent ouvertement la question du rétablissement de la polygamie, abolie en 1956, celle des unions avec des filles juste pubères, et jusqu’à celle des « bienfaits » sociologiques de l’excision clitoridienne…
Comme l’armée tunisienne n’a, du moins jusqu’à ce jour, aucune tradition « putschiste », on voit mal comment la « douce » Tunisie peut sortir de cette ornière...

- En Egypte, ceux qui ne supportaient plus leur vieux chef militaire ont permis aux islamistes d’arriver au pouvoir ; puis, terrorisés par le sort qui les attendait, ils ont appelé au secours un autre chef militaire, foulant ainsi aux pieds les principes démocratiques dans lesquels ils se drapaient quelques mois auparavant… et le pays  bascule insensiblement vers une guerre civile.

- En Libye, où l’intervention sarkozo-otanienne s’est faite au nom des droits de l’homme, le pays n’existe plus. Le nord est éclaté et aux mains de milices tribales  ou religieuses, cependant que le sud est devenu un « Libystan » fief des jihadistes à partir duquel toute la région saharo-sahélienne est contaminée.

Forcés de prendre enfin en compte l’échec de leur illusion, les médias dressent désormais le bilan calamiteux de ces prétendus « printemps arabes » auxquels ils ont tant cru...  Le journal Le Monde qui eut une attitude « en pointe » sur la question laisse aujourd’hui transparaître son dépit dans les termes suivants :

« (…) Au moment où l’Egypte sombre dans le chaos, au moment où la Libye ne parvient pas à sortir de l’instabilité et de la violence (…), la  Tunisie (est) la dernière chance du « printemps arabe » (Le Monde , 6 juillet 2013).

Une « dernière chance » qui relève une fois de plus de la méthode Coué... Engagés dans une politique destinée à réduire au silence leurs opposants, les islamistes ont en effet créé des milices de nervis qui font régner la terreur. Ainsi la Ligue de protection de la Révolution, qui dépend du parti Ennahda et qu'un député de ce parti gouvernemental menace de lancer sur les opposants afin :

« (Qu’ils) soient punis de mort, par crucifixion, démembrement ou bannissement, car ils sont les ennemis de Dieu et de son Prophète».

Tant en Tunisie, qu’en Egypte ou encore qu’en Libye, tout ne fait donc que commencer…

Bernard Lugan
26/07/2013

mardi 16 juillet 2013

Crises africaines, analyse de classe ou analyse ethnique ?

Débat entre Bernard Lugan et Alain Soral, le 25 juin 2013 à Lyon


Partie 1


Partie 2

samedi 13 juillet 2013

L'Afrique Réelle N° 43 - Juillet 2013


























SOMMAIRE

Actualité : 
- Libye : La désintégration
- Libye : Si Sarkozy avait écouté Idriss Déby et non BHL…
- Egypte : Comment l’armée a « piloté » les trois phases de la révolution

Dossier :
Comment Frederik De Klerk installa Nelson Mandela au Pouvoir


 - Le jeu trouble de Frederik De Klerk
- Témoignage pour l'histoire : Les généraux Viljoen et Groenewald racontent les dessous de la remise du pouvoir à Nelson Mandela

Editorial de Bernard Lugan :


Au moment où ce numéro 43 de l’Afrique Réelle va être envoyé à ses abonnés, l’Egypte et la Libye se sont embrasées.

En Egypte, depuis plus d’un demi-siècle, tapis dans l’ombre, les Frères musulmans, ont tissé leur toile, investissant lentement le pouvoir. Combattus par le colonel Nasser puis par ses successeurs, ils ont, de façon très opportune, coiffé le mouvement révolutionnaire démocratique né au mois de janvier 2011. Puis, ayant évincé les « idiots utiles » qui leur avaient inconsciemment ouvert la voie, ils voulurent faire de l’Egypte une théocratie.
Enivrés par leur victoire, ils ont oublié qu’en Egypte, le vrai pouvoir est l’armée… Les semaines qui viennent nous diront si cette dernière parviendra à mettre aux pas les islamistes ou si au contraire le pays basculera dans la guerre civile, comme ce fut le cas en Algérie après l'annulation par l'armée des élections qui avaient vu la victoire des islamistes du FIS.

En Libye où le président Sarkozy aurait été plus avisé d’écouter son homologue tchadien Idriss Déby plutôt que le « philosophe » BHL, l’intervention française a provoqué un chaos tel que le pays est aujourd’hui devenu la nouvelle base arrière des islamistes, un Libystan en quelque sorte.
Dans tout le pays, les milices s’affrontent et le « pouvoir » de Tripoli en est réduit à marchander aux unes leur aide contre les autres…

Dans ces conditions, l’opération Serval qui fut une réussite militaire risque de n’avoir servi à rien puisque les islamistes ont désormais leurs bases dans tout le pays, depuis Derna au Nord, jusque dans le désert du sud.

Au moment où ces lignes sont écrites, Nelson Mandela semble livrer son dernier combat. Tout a été dit sur sa vie et j’y reviendrai.
Le public ignore en revanche les conditions dans lesquelles Frederik De Klerk le hissa au pouvoir. Ce dernier était en effet à la tête d’un pays puissant doté d’une administration compétente et d’une économie florissante en dépit des sanctions internationales. L’ANC qui avait été militairement vaincu était incapable de lutter contre la première armée du continent africain et contre une police qui avait démantelé sa branche militaire et terroriste.
De plus, l’ANC était militairement seul depuis l’effondrement du bloc de l’Est cependant que, politiquement, il avait été isolé par la politique des bantustan, les alliés fédéralistes du président De Klerk permettant de le contenir.
Et pourtant, Frederik De Klerk remit le pouvoir à Nelson Mandela, sans conditions et sans exiger la moindre garantie pour les minorités, à commencer par la sienne.
C’est à cet épisode peu connu de l’histoire sud-africaine qu’est consacré le dossier de ce numéro.

mardi 9 juillet 2013

Le juge Trévidic va devoir interroger le général Nyamwaza et le colonel Karegeya au sujet de l’assassinat du président Habyarimana

Le 9 juillet 2013, la correspondante de RFI en Afrique du Sud,  Sonia Rolley a publié deux entretiens exclusifs avec deux des plus hauts responsables du régime de Kigali aujourd’hui réfugiés en Afrique du Sud. Il s’agit du général Faustin Kayumba Nyamwaza, ancien chef d’état-major de l’APR (Armée patriotique rwandaise), l’armée tutsi), à l’époque responsable du renseignement militaire, et du colonel  Patrick Karegeya, ancien chef des renseignements du Rwanda .
Ces deux très hauts dignitaires du régime rwandais accusent de la façon la plus claire le président Kagame d’être le responsable de l’attentat du 6 avril 1994 qui coûta la vie au président hutu Habyarimana, acte terroriste commis en temps de paix et qui fut l’élément déclencheur du génocide. Au mois de juin 2010, le général Kayumba a survécu par miracle à une tentative d’assassinat dont les auteurs, des Rwandais, sont actuellement jugés en Afrique du Sud (voir mon communiqué en date du 25 juin 2012).

Le fait nouveau dans ces déclarations est que nous apprenons avec étonnement que les deux hommes n’ont jamais été entendus par la justice française alors que, depuis plusieurs années, ils ont, notamment par voie de presse, clairement déclaré qu’ils étaient prêts à lui fournir les preuves de leurs accusations. Il est donc pour le moins insolite, si toutefois ces deux témoins-acteurs exceptionnels disent vrai, que les juges français en charge du dossier n’aient pas songé à les interroger.
Ces déclarations explosives très médiatisées ne pouvant être passées sous silence, elles devraient donc permettre de relancer une enquête passablement embrouillée ; les deux hommes affirment en effet une nouvelle fois qu’ils sont disposés à fournir au juge Trévidic toutes les preuves de l’implication du général Kagame dans l’attentat du 6 avril 1994.
A l’approche du vingtième anniversaire de l’assassinat du président Habyarimana, il serait temps que l’enquête sorte des « enfumages ».

Bernard Lugan
09/07/2013