dimanche 21 février 2010

Voyage du président de la République au Rwanda

A la fin du mois de février 2010 le président de la République française se rendra en voyage officiel à Kigali et cela alors que le Rwanda mène contre notre pays une virulente et constante campagne de désinformation, notamment au moyen de rapports fabriqués par des commissions dites « indépendantes » dont il a été démontré que l’argumentaire est essentiellement fondé sur des faux.

Après avoir fait le « dos rond » aux très graves accusations infondées lancées par le régime rwandais, et après avoir laissé ses militaires se débattre seuls avec la calomnie, la France officielle va donc « aller à Canossa ». C’est ainsi que ce voyage présidentiel risque en effet d’être interprété puisque le président Sarkozy sera officiellement reçu par le général Kagamé, lequel n’a pas retiré l’insulte officielle faite à la France dans les termes suivants : « Quant aux Français, leur rôle dans ce qui s’est passé au Rwanda est l’évidence même. Ils ont sciemment entraîné et armé les troupes gouvernementales et les milices qui allaient commettre le génocide. Et ils savaient qu’ils allaient commettre un génocide. » Appuyé sur les travaux du TPIR (Tribunal pénal international pour le Rwanda) créé au mois de novembre 1994 par le Conseil de sécurité de l’ONU pour juger les présumés organisateurs du génocide rwandais, le président de la République française, à défaut d’excuses, serait fondé à faire officiellement remarquer à son hôte qu’à aucun moment, et cela lors des milliers de journées d’audiences tenues depuis 1996, la culpabilité (ou la responsabilité) de la France n’a été évoquée devant l’une ou l’autre des quatre Cours composant ce tribunal international, seul habilité en la matière. Par ailleurs, est-il possible que le président Sarkozy tienne pour quantité négligeable le fait que des juges d’instruction français et espagnols accusent le général président Kagamé d’avoir commandité et ordonné l’attentat du 6 avril 1994 qui coûta la vie aux présidents du Rwanda et du Burundi ainsi qu’à trois citoyens français, attentat qui fut le déclencheur du génocide ? Depuis qu’il est au Quai d’Orsay, Monsieur Bernard Kouchner a montré qu’il était prêt à sacrifier la Vérité sur l’autel d’une hypothétique « réconciliation » avec le régime de Kigali. Que le réalisme implique un tel rapprochement, nul ne le lui en fera naturellement le reproche, mais il est désolant de devoir constater qu’une telle politique risque d’entraîner la France sur la voie de l’humiliation.

Bernard Lugan
21/02/2010

lundi 15 février 2010

L'Afrique Réelle N°2 - Février 2010


























SOMMAIRE :

Actualité : Les conflictualités africaines contemporaines

Dossier : La départementalisation de Mayotte, conséquences et enjeux
- Mayotte ou quand la nouvelle ligne bleue des Vosges passe par le lagon
- Une bombe à retardement
- Un statut particulier contraire aux valeurs de la République

EDITORIAL :

En 2011, sans consultation du Peuple français, Mayotte, île tropicale à l’exotisme plus que marqué, va devenir le 5° Département français d’outre-mer après la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane et la Réunion. Puis, en 2014, en tant que RUP (Région ultrapériphérique de l’Union européenne), ce nouveau département aura directement accès aux fonds européens de développement.
Avec Mayotte, les « frontières » de la Communauté européenne vont être repoussées au cœur du monde swahili de l’océan indien que l’on sait si proche de nous et avec lequel nous partageons tant de valeurs communes...
Par comparaison, la Turquie, qui, elle aussi force les portes de l’Europe, et dont l’entrée nous sera également imposée "en douce", sans référendum préalable, pourrait presque passer pour le Vexin normand.
Et pourtant comme l'écrit si lumineusement Hervé Juvin[1] : « S'il est un droit premier des Nations et un attribut de la souveraineté nationale, c'est bien de décider qui en est et qui n'en est pas. Et s'il devait être un premier droit démocratique, n'est-ce pas celui des citoyens d'une Nation de décider avec qui ils veulent vivre ou pas; qui ils reconnaissent comme les mêmes et qui demeureront les autres ? Le premier des attributs de la souveraineté est même qu'après avoir entendu tous les orateurs qui détiennent par naissance, par vocation ou par prétention, le juste et le bien, chacun et chacune déterminent en toute indépendance les conditions d'entrée et de séjour sur son territoire, et les conditions d'acquisition de la nationalité. Ce n'est qu'en cas de guerre, de défaite, et d'invasion, que ce droit est perdu, ou dénié, et c'est alors la fin de ce peuple comme Nation et la disparition de sa souveraineté ».

Parlons également argent car l’économie de Mayotte est sous perfusion. Le tissu économique y est à 92% composé d’entreprises unipersonnelles et l’aquaculture y constitue la seule exportation. Avec 5 millions d’euros pour les exportations contre 274 millions pour les importations, le compte est vite fait. Quant au taux de chômage, en 2009, il y était de près de 30%. C’est donc un territoire en faillite et dont les dépenses vont être exponentielles qui va donc être départementalisé.
Pour la France, le coût de cette départementalisation s’annonce exorbitant. Selon l’IFRAP (Institut français pour la recherche sur les administrations) Mayotte aura coûté au contribuable français 635 millions d’euros en 2009 contre 523 millions en 2008. Or, il faut bien voir que cette somme est dérisoire par rapport aux besoins de l’île.
En 2012, il est ainsi prévu que les transferts de l’Etat vers le nouveau département seront supérieurs à 1 milliard, soit l’actuel poids de la Guyane, ou encore le montant du déficit cumulé de tous les hôpitaux français.
Mais ce n’est pas tout, car, déjà, les revendications montent avec la demande d’alignement rapide des avantages sociaux sur ceux de la métropole et les émeutes contre le coût de la vie. Avec la politique d’assistanat qui va être mise en place, sous peine d’insurrection, comme le 2 décembre 2009, les dépenses publiques vont automatiquement exploser au moment où, en France, les économies sont à l’ordre du jour.

Comment un tel défi au bon sens a t-il été rendu possible ? Tout simplement par électoralisme, pour que nos hommes politiques puissent « grappiller » quelques dizaines de milliers de voix chez leurs pupilles reconnaissants et toujours plus exigeants…

Bernard Lugan

[1] Regards sur le renversement du monde. Les Cahiers d'Agir, n°2, hiver 2010, page 97

samedi 13 février 2010

Les conflits africains

Bernard Lugan intervient en vidéo sur le site de géopolitique www.realpolitik.tv


Les conflits africains


Histoire de l'Afrique

mardi 2 février 2010

L'Afrique Réelle N°1 - Janvier 2010


























SOMMAIRE :

Actualité :
Guinée : un problème d'abord ethnique
 
Dossier : Le mythe du réchauffement global en Afrique
- Entretien avec Marcel Leroux
- Les grandes évolutions du climat africain et leur influences sur l'histoire des populations

EDITORIAL :

La Guinée, pays en perdition, est l’un des Etats africains les mieux dotés par la nature. Son sol est riche et il bénéficie de pluies abondantes et régulières. Quant à son sous sol, il ressemble à un véritable miracle géologique. La Guinée qui en détient entre 30 et 50% des réserves connues est le second producteur mondial de bauxite derrière l’Australie. De plus, la bauxite de Guinée est riche en alumine et facile à produire en raison de l’existence de gisements à ciel ouvert. Le diamant constitue la seconde exportation du pays avec 360 000 carats officiellement produits et des potentialités estimées entre 25 et 30 millions de carats. Les réserves connues en or seraient de plusieurs centaines de tonnes et celles de fer pourraient se situer entre 5 et 10 milliards de tonnes à forte teneur métallifère. Enfin, extrait en mer, le pétrole va constituer une ressource supplémentaire pour le pays.
En dépit de toutes ces richesses, la Guinée est un enfer depuis son indépendance intervenue en 1958. L’explication de cette situation est claire : le pays n’existe pas et les déterminismes ethniques y interdisent toute construction étatique. C’est ainsi que depuis 1958, le pays a vécu sous le régime de la cleptocratie ethnique, soit vingt six années de dictature malinké sous Sékou Touré, suivies de vingt quatre années de dictature Soso sous Lansana Conté. Après la mort de ce dernier, le 22 décembre 2008, l’ethnie numériquement la plus nombreuse de Guinée, celle des Peuls aurait pu penser que son tour était enfin venu d’accéder au pouvoir ; or, celui ci fut confisqué par les petites ethnies forestières derrière lesquelles avançaient les Malinké.

L’Afrique doit-elle redouter le « réchauffement climatique », du moins s’il était avéré ?
L’un des plus grands climatologues mondiaux, le professeur Marcel Leroux, explique dans l’entretien qu’il nous a accordé peu de temps avant sa mort pourquoi il ne partageait pas l’idée médiatiquement dominante.
N’étant pas spécialiste de climatologie, je ne me prononcerai naturellement pas sur cette question controversée. Comme historien de la longue durée africaine j’observe que le climat du continent a constamment changé et que la chaleur y fut naguère plus forte qu’aujourd’hui, que les déserts y occupèrent une place largement plus étendue et que la forêt y disparût quasiment. L’Afrique n’étant alors peuplée que par quelques dizaines de milliers de chasseurs-cueilleurs-récolteurs, ce réchauffement continental n’avait donc pas de cause humaine. Pourquoi faudrait-il alors que l’homme soit responsable de l’actuel ?
Selon les partisans du postulat réchauffiste, l’Afrique est menacée par le réchauffement qui va conduire à la catastrophe. Or, c’est de tout le contraire qu’il devrait s’agir car l’étude paléo climatique de l’Afrique montre que le réchauffement augmente le niveau des précipitations et qu’il est donc source de prospérité et d’abondance alors que c’est au contraire le refroidissement qui provoque l’aridité donc la désertification et la misère. Ces données élémentaires sont curieusement ignorées des « experts » internationaux, ce qui est pour le moins insolite, et des bateleurs du climat, ce qui l’est moins, car il s’agit pour eux d’une rente de situation.

Bernard Lugan